1. Chiffres bruts vs réalité : le piège du comptage

Les données publiées reposent sur les statistiques de l’Immigration. Le problème n’est pas leur exactitude, mais ce qu’elles mesurent réellement.

Arrivées ≠ individus

L’Immigration comptabilise chaque passage de frontière, et non chaque personne unique.

Le poids des expatriés

Un résident étranger titulaire d’un KITAS qui effectue quatre voyages d’affaires par an est officiellement compté comme quatre touristes.

Le phénomène des « visa runs »

Avec l’explosion des visas de 30 ou 60 jours, des milliers de nomades digitaux sortent et rentrent tous les deux mois pour renouveler leur statut.
Ils vivent dans la même villa toute l’année, mais gonflent artificiellement les statistiques d’arrivées.

Conclusion intermédiaire :
Les chiffres agrègent sans distinction touristes de court séjour, résidents de long terme et voyageurs d’affaires dans une seule catégorie : “touristes”.


2. L’essor silencieux de la population résidente

Bali n’est plus seulement une destination de vacances.
C’est devenu un lieu de vie.

Quelques repères clés

  • Population permanente : environ 4,46 millions d’habitants

  • Communauté étrangère résidente : estimée entre 100 000 et 150 000 personnes (KITAS Nomad, Investisseur, Époux, etc.)

Le paradoxe hôtelier

Si Bali accueillait réellement 7 millions de touristes de court séjour, les hôtels seraient saturés.
Or, la réalité est toute autre :

  • Les taux d’occupation des hôtels classés stagnent autour de 60 à 65 %

  • Aucun signe d’une île « débordée » par un afflux massif de vacanciers

Constat :
Les visiteurs ne se dirigent plus massivement vers les hôtels.
Ils logent dans des villas privées… ou ils sont tout simplement chez eux.


3. La taxe touristique (Bali Levy) : le révélateur implacable

C’est ici que le récit officiel se heurte aux mathématiques.

En 2025, la taxe touristique de 150 000 IDR a généré 369 milliards IDR de recettes.

Faisons le calcul.

IndicateurDonnée
Arrivées officielles annoncées7,05 millions
Paiements réels (calculés via les recettes)~2,46 millions
Écart (non-payeurs ou exemptés)~4,59 millions

Le verdict

Deux hypothèses seulement :

  • Soit 65 % des arrivants ne paient pas la taxe

  • Soit une part massive des entrées correspond à des profils exemptés (résidents KITAS, diplomates, long séjour, etc.)

La seconde est, de loin, la plus crédible.


Ce qu’il faut retenir

Le chiffre des “7 millions de touristes” est avant tout un outil de communication politique.
Il ne constitue ni un indicateur fiable de demande touristique, ni un KPI pertinent pour les acteurs économiques.

La réalité est plus stratégique :
Bali bascule d’une économie de transit vers une économie de résidence.

  • Le tourisme de court séjour plafonne

  • Le long séjour, les villas, les services de proximité et l’expérience résidentielle restructurent l’île

Message aux investisseurs et entrepreneurs

Ne poursuivez pas les volumes fantômes des gros titres.
Ciblez la qualité, la durée, et la valeur d’usage : ce sont aujourd’hui les véritables moteurs de Bali.


Au-delà du mirage : quel impact réel pour Bali ?

Même si le chiffre est une illusion statistique, l’impact sur le territoire est bien réel.
Des millions de personnes — touristes ou résidents — transforment inévitablement l’ADN de l’île.

Dans nos prochains articles, nous analyserons ce que ces mutations impliquent concrètement :

  • L’asphyxie des infrastructures
    Jusqu’où les routes, l’eau et la gestion des déchets peuvent-elles tenir ?

  • La mutation immobilière
    Entre flambée des prix et « villa-isation » excessive, Bali est-elle en train de perdre son âme ?

  • Le choc social
    Comment la communauté locale s’adapte-t-elle à une économie résidentielle qui remplace le tourisme traditionnel ?

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Nous allons décrypter, chiffre après chiffre, la véritable métamorphose de l’Île des Dieux.